Un recoupement des bases publiques (DCMP, Cour des comptes, ARCOP, Banque mondiale) retrace dix ans de commande publique pour l’entreprise, entre informatique, santé et équipements spécialisés.
De simple fournisseur de matériel informatique aux universités sénégalaises en 2016, Oumou Informatique devenue Oumou Leader Distribution Equipement puis Oumou Group s’est hissée parmi les attributaires récurrents de marchés financés par la Banque mondiale. Un recoupement des sources publiques disponibles fait apparaître un total documenté d’environ 8,06 milliards de FCFA sur la période 2016-2026, avec une accélération nette à partir de 2023, portée notamment par le secteur de la santé.
L’histoire commence modestement. En 2016, Oumou Informatique décroche plusieurs petits marchés auprès d’établissements d’enseignement supérieur : l’Inspection d’Académie de Saint-Louis, l’Université Gaston Berger, l’Université de Bambey. Les montants, de l’ordre de 10 à 51 millions de FCFA chacun, portent sur du matériel informatique et du mobilier de bureau. Même profil en 2018, avec un marché auprès de l’Agence d’Aménagement et de Promotion des Sites Industriels et un autre, plus conséquent (70 millions FCFA), avec l’Université Gaston Berger, cette fois sous la nouvelle dénomination Oumou Leader Distribution Equipement (Oumou LDE).
En 2020, en pleine crise sanitaire, la Cour des comptes mentionne deux contrats exécutés par Oumou LDE : du matériel de visioconférence pour les quatorze régions du pays, et du matériel informatique. Le rapport de contrôle relève des délais d’exécution sur ces opérations, sans préciser de montant chiffré.
L’ANNÉE 2021, TOURNANT VERS LA DIVERSIFICATION
C’est à partir de 2021, sous l’appellation définitive d’Oumou Group, que l’entreprise élargit nettement son portefeuille de clients publics : FONGIP, ISEP Thiès, ANACIM, l’Institut de Technologie Alimentaire, l’Autorité de Régulation des Marchés Publics elle-même, le ministère de la Santé, le ministère de la Formation professionnelle. Le plus gros contrat de l’année 278 millions de FCFA concerne des équipements médicaux techniques pour les structures sanitaires. Un contrat distinct, en euros cette fois, lie également l’entreprise à CIVIPOL pour la fourniture de douze drones (10 844 euros, hors commande publique sénégalaise).
C’est aussi en 2021 que démarre la série de marchés financés par la Banque mondiale qui constitue, aujourd’hui, le corpus le plus précisément quantifiable de l’activité d’Oumou Group dans la commande publique : 34 attributions recensées par la plateforme All Business Africa, pour 14 acheteurs publics différents, totalisant 12 747 940 dollars américains soit environ 7,33 milliards de FCFA au taux indicatif d’octobre 2026 (575 FCFA pour un dollar).
LA SANTÉ, PREMIER SECTEUR SUR LA PÉRIODE RÉCENTE
Si les premiers marchés Banque mondiale, en 2021 et 2022, relèvent encore de l’informatique classique imprimantes, photocopieuses, logiciels, matériel de laboratoire, le profil change radicalement à partir de 2023. Kits hygiéniques pour les établissements scolaires, équipements pour le Laboratoire national de contrôle des médicaments, matériels hospitaliers et de stérilisation pour la Direction de la Santé de la Mère et de l’Enfant, équipements de protection individuelle, respirateurs, ambulance médicalisée : le secteur santé concentre à lui seul environ 4,78 milliards de FCFA, soit 65 % du montant total de la série Banque mondiale.
Les deux marchés les plus importants du corpus illustrent cette bascule : un lot « réanimation, urgences et bloc opératoire » attribué le 29 octobre 2025 pour 1,57 million de dollars (environ 903 millions de FCFA), et un lot « matériels hospitaliers » attribué le 24 mai 2024 pour 1,22 million de dollars (environ 704 millions de FCFA).
Entre ces deux pôles, un troisième ensemble de marchés porte sur des équipements plus spécifiques : drones et matériel de surveillance de la faune, équipements de protection pour la surveillance épidémiologique, systèmes d’alerte précoce à Saint-Louis, équipements de sécurité et de camping pour la Direction des Parcs Nationaux. Ce troisième groupe représente environ 1,55 milliard de FCFA, contre un peu plus d’un milliard de FCFA pour l’informatique et la bureautique proprement dites.
UNE PROGRESSION QUI S’ACCÉLÈRE NETTEMENT À PARTIR DE 2023
Rapporté année par année, le montant documenté passe de moins de 200 millions de FCFA par an avant 2023 à plus d’un milliard de FCFA annuel entre 2023 et 2025, avec un pic à 3,06 milliards de FCFA en 2024 porté notamment par les deux lots hospitaliers attribués cette année-là pour la DSME. L’année 2025 reste élevée, à 2,28 milliards de FCFA, avant un net ralentissement documenté en 2026 (29 millions de FCFA sur les marchés déjà recensés à ce jour).
DES RECOURS EN COURS DEVANT L’ARCOP
Le bilan chiffré ne doit pas occulter plusieurs dossiers de contestation actuellement pendants devant l’Autorité de Régulation des Marchés Publics (ARCOP). Oumou Group a notamment contesté, en 2024, l’attribution des lots 1 et 3 d’un marché du ministère de la Santé un recours encore en cours. En 2025, un recours concernant un marché d’onduleurs auprès de la DGCPT a été déclaré non fondé, de même qu’un recours concernant un marché informatique de l’ASPT, finalement attribué à SESA Technologie. Un marché informatique et de visioconférence du COJOJ a en revanche vu son attribution provisoire annulée par l’ARCOP, qui a ordonné une nouvelle évaluation. En 2026, un recours Oumou Group sur un marché de serveurs et logiciels SIG a été rejeté.
Ces dossiers relèvent d’une activité de soumission et de recours, et ne doivent pas être comptés comme des marchés gagnés : ils n’entrent pas dans le total de 8,06 milliards de FCFA présenté plus haut.
UN BILAN NON EXHAUSTIF
Ce total qui additionne 733 millions de FCFA de marchés déjà libellés en FCFA dans les publications nationales (DCMP, Cour des comptes) et les 7,33 milliards de FCFA issus de la conversion des 34 marchés Banque mondiale ne prétend pas à l’exhaustivité. Il correspond aux marchés effectivement recensés dans les sources publiques consultées à la date du 7 octobre 2026, pas à l’ensemble de la commande publique obtenue par l’entreprise sur dix ans. Une reconstitution complète supposerait un dépouillement ligne par ligne des publications DCMP et ARCOP sur l’ensemble de la période.

