La transformation numérique s’accélère en Afrique depuis quelques années. Au vu des risques croissants qui l’accompagnent, l’Union internationale des télécommunications (UIT) estime que la cybersécurité est devenue une condition incontournable pour en profiter pleinement.
Deux vulnérabilités critiques ont été détectées le mercredi 21 octobre dans PHP, un langage utilisé pour développer de nombreux sites web et applications. Exploitables à distance, elles rappellent l’importance de détecter rapidement les cybermenaces en Afrique, où la transformation numérique s’accompagne d’un déploiement croissant de plateformes administratives, de services financiers en ligne et d’infrastructures digitales.
Les CERT/CSIRT au cœur de la réponse aux cybermenaces
Les vulnérabilités informatiques ne peuvent pas toujours être évitées, mais leur exploitation peut être limitée si elles sont détectées rapidement et si les acteurs concernés coordonnent leur réponse. C’est précisément le rôle des équipes d’intervention en cas d’incident de sécurité informatique, désignées par les sigles CERT (Computer Emergency Response Team) ou CSIRT (Computer Security Incident Response Team).
Concrètement, ces équipes surveillent les alertes de sécurité, analysent les vulnérabilités signalées et évaluent les risques qu’elles représentent pour les systèmes informatiques. Lorsqu’une menace est identifiée, elles diffusent des avis aux organisations concernées, leur indiquent les mesures correctives à appliquer et peuvent les accompagner dans la gestion d’un incident. Il peut s’agir, par exemple, d’installer une mise à jour de sécurité, de vérifier si un serveur a été compromis ou d’isoler un système touché pour limiter la propagation d’une attaque.
Leur rôle ne se limite toutefois pas à la diffusion d’alertes. Les CERT/CSIRT peuvent aussi coordonner les échanges entre les organisations touchées, les fournisseurs de technologies, les opérateurs télécoms et les autorités compétentes. Cette coordination est particulièrement importante lorsqu’un incident touche plusieurs organisations ou des services essentiels, comme les plateformes publiques, les réseaux de télécommunications ou les services financiers.
Un déploiement encore inégal sur le continent
En Afrique, la mise en place de mécanismes nationaux de réponse aux incidents informatiques progresse, mais leur niveau de préparation reste inégal. Selon le rapport « State of Digital Development and Trends in the Africa Region », publié par l’UIT en 2025, 24 pays africains avaient établi une équipe nationale de réponse aux incidents informatiques.
L’écart entre la création d’une équipe et sa capacité à intervenir constitue un autre indicateur important. Dans un bilan publié en janvier 2025, la Banque mondiale, sur la base des données de FIRST, indique que seuls 5 des 22 pays d’Afrique de l’Ouest et centrale et 10 des 26 pays d’Afrique de l’Est et australe disposaient d’au moins un CSIRT opérationnel en 2024.
Toutefois, la mise en place de ces équipes ne suffit pas, à elle seule, à garantir une réponse efficace aux cybermenaces. Dans son « Global Cybersecurity Index 2024 », l’UIT relève des lacunes en matière de compétences, d’effectifs, d’équipements et de financement dans de nombreux pays. La Banque mondiale souligne également l’importance des stratégies nationales, des cadres juridiques et du développement des compétences pour renforcer la cyberrésilience.
De son côté, INTERPOL, dans son « Africa Cyberthreat Assessment Report 2025 », met en évidence des difficultés de coordination et de coopération : 89 % des pays africains interrogés estiment nécessaire d’améliorer leur coopération avec le secteur privé, tandis que 86 % souhaitent renforcer leur coopération internationale.

